Dossier : Chasse et Arbalète - Le point de vue de la FFCA

L’arbalète, une arme de chasse comme une autre ?

 

Entre attentes et rejets... l’arme fait débat  !

Lors  de  l’animation  de  stands  dans  les salons  tels  que  Rambouillet  ou  Chambord,  les exposants de  la FFCA sont régulièrement  sollicités  par  des  chasseurs  au sujet de  l’arbalète. Les questions  sont plutôt  du  genre  :  « Pourquoi  n’engagez-vous pas une démarche pour autoriser la chasse à  l’arbalète ? »  voire  « Mais  pourquoi  interdisez-vous  l’arbalète ? ».  Des  courriers nous arrivent de  temps à autre,  l’un d’eux émanant  même  d’un  responsable  d’association  départementale  de  chasseurs  de grand gibier, pour nous demander de faire quelque  chose  en  faveur  de  l’arbalète…
Sans doute que  les points communs entre l’arc et  l’arbalète, c’est-à-dire  leur principe de propulsion,  leur projectile et  leur effet létal, associent ces deux armes et  leurs utilisateurs  dans  l’imaginaire  des  chasseurs  à l’arme à feu.
Si cete atente de pouvoir chasser à l’arbalète émane parfois d’archers, a contrario, bien des chasseurs à l’arc considèrent cette arme avec mépris. Dernièrement, un archer (amateur d’arcs  traditionnels pour  la cible, d’arcs  à mécanisme  de  haute  technologie pour  la  chasse,  carabinier  à  l’occasion  et dont  le  territoire  est  surveillé par  des  caméras  électroniques),  après  nous  avoir dit que  la  fédé était sectaire, car un peu  trop « portée » sur le tradi, nous expliquait sans rire que  l’arbalète doit  rester  interdite car chasser avec « c’est pas de la chasse »  !

Visiblement,  l’objet  fait  débat  ;  cette dualité  arc/arbalète  trouve  également  son pendant aux États-Unis où, depuis des décennies, des  archers  étripent  joyeusementles arbalétriers dans des publications  spécialisées…

L’idée même d’évoquer l’arbalète laisse perplexes ceux qui ont participé aux « discussions » de 2002-2003,  lorsque  la FFCA a engagé une démarche auprès de  l’administration  pour  passer  la  taille  réglementaire des arcs de 90 cm à 80 cm et autoriser explicitement  le décocheur. Si  à  l’époque, 10 cm de corde ont réussi à faire monter la pression  dans  le microcosme  des  archers, alors parler d’arbalète,  ça peut  fâcher des familles du même village pour des générations  !
Dans  ce  genre  de  controverse,  il  y  a confusion  des  genres  entre  aspects  technique, pratique, considérations éthiques et les buts associatifs, ceux de la FFCA en l’occurrence.

Bien poser le problème,  c’est d’abord vérifier…  s’il y a un problème  !

La concurrence arc/arbalète ne peut être qu’un phénomène... américain

L’arbalète  est  autorisée  dans  bien  des états d’Amérique du Nord.  La polémique à son sujet est plus un problème d’organisation territoriale et de partage des possibilités de  chasse que d’efficacité.  En  effet,
les périodes  de  chasse  sont  assez  courtes et les territoires sont accessibles sans limitation de nombre sous forme de licences qu’il suffit d’acheter (sauf pour certaines espèces nécessitant une gestion précise comme  les mouflons). Pour éviter une « concurrence » déloyale et disposer de bonnes chances de réussite,  les archers ont obtenu des « pré-saisons » afin de  chasser des animaux non  encore  soumis à  la pression de chasse à  la  carabine. Quand les arbalétriers obtiennent de chasser pendant  la pré-saison de chasse à  l’arc,  il  s’ensuit  une  augmentation  de  la pression  de  chasse  qui  réduit  les  chances des archers.
Ce  sujet  de  « dispute »  n’a  pas  lieu d’être en France. Nous ne chassons pas en concurrence sur des domaines publics (sauf pour le DPM mais ça ne concerne assez peu l’arc), mais  sur des  territoires dont  le droit  de chasse appartient au propriétaire, droit  qu’il peut céder. Et c’est le titulaire du droit de chasse qui définit les armes et les façons de chasser sur son  territoire dans  le cadre de  ce  que  permet  la  réglementation.  Par ailleurs,  le temps de chasse des archers est le temps de chasse tout court  : on peut chasser  le  chevreuil  de  juin  (voire  avant,  dans l’est du pays) à février que ce soit avec une carabine ou un arc, et cela ne pose aucun problème.

Une efficacité prouvée

D’un point de vue technique,  les publications américaines et  les vidéos montrent que  l’arbalète et  le  trait sont  tout aussi efficaces pour tuer du gibier, et du grand gibier, que l’arc et la flèche.
Une  récente  étude  qu’un  conducteur de  chien  de  sang  français  a  réalisée  au Québec  sur des  tirs d’élans  (cf. Plaisirs de la Chasse,  janvier 2010)  indique également que lorsque le tir est bien ajusté, l’animal est tué  rapidement  ;  cela  dit,  l’étude  montre surtout que  les  tirs hasardeux  (notamment trop loin) ou effectués avec du matériel mal adapté allongent considérablement les distances de fuite. En gros, rien de bien différent par rapport à l’arc.
Les caractéristiques techniques et balistiques diffèrent quelque peu de  celles de l’arc mais  pour  qui  sait  s’équiper  et  s’entraîner correctement, l’efficacité à la chasse est garantie. Quant à la distance utile de tir, sans  ateindre  celle  d’une  carabine,  il  est probable que pour un tireur entraîné, elle soit un peu supérieure à celle d’un arc. Cela dit, il n’est pas plus pertinent de prétendre qu’un arbalétrier va vouloir  tirer  trop  loin, qu’un  archer  équipé  d’un  compound  va vouloir tirer trop loin, qu’un archer équipé d’un longbow ne tire jamais trop loin. Trop loin est une notion relative au couple arme/tireur  et  non  une  notion  absolue.  Nous  l’avons déjà expliqué  : tirer près est un facteur de réussite du tir et un démultiplicateur du plaisir de chasser. Tirer à bon escient est un acte responsable, quelle que soit l’arme et tirer trop  loin est un acte  irresponsable,  quelle que soit l’arme…

Chasser à l’arbalète  n’est pas chasser à l’arc

D’un  point  de  vue  pratique,  il  est  évident, et c’est sans doute là la principale différence avec l’arc, qu’une arbalète armée et chargée est plus proche d’une arme à  feu que d’un  arc.  Pour  chasser  en  sécurité,  sa manipulation  doit  au moins  suivre  les  recommandations de la manipulation d’un fusil ou d’une carabine. Peut-être même que la  forme de  l’arme  et  sa  capacité  à  se prendre
dans les branches ou la végétation imposent de précautions supplémentaires ?
En ce qui concerne  l’acte de chasse,  il paraît évident également que  le  fait de ne pas avoir à armer au dernier moment pour tirer, c’est-à-dire de risquer d’être vu par le gibier, offre des possibilités de tir et des stratégies supplémentaires en regard de  la chasse à  l’arc. C’est  justement cette tension de l’arc au moment crucial qui donne à la chasse à l’arc sa spécificité et son attrait  ; c’est un aspect essentiel dans  la chasse à  l’arc. Il est aussi clair que s’enfoncer dans les bois avec seulement un bout de bois et une ficelle est une démarche singulière guidée par l’esthétique. Par-delà la séquence de tir, elle dénote un état d’esprit particulier pour lequel la façon de faire (ici, attraper un gibier avec un armement volontairement rustique et difficile à maîtriser) est plus importante que le résultat  (là, attraper  le gibier avec un armement plus sophistiqué et en appuyant sur un bouton) « Chasser à l’arbalète » n’est donc pas « chasse à l’arc ». Pour autant, ça ne veut pas dire que chasser à l’arbalète ne serait « pas bien »  ! Chasser à l’arc est un choix qu’on ne saurait imposer à qui conque et nous pouvons imaginer des situations ou l’arbalète peut apporter un plus au carabinier (postes périurbains) sans l’obliger à s’investir dans la chasse à l’arc. Un carabinier doit pouvoir passe plus facilement à l’arbalète qu’à l’arc.

L’éthique, c’est l’affaire  du chasseur, pas de l’arme

D’un point de vue éthique,  il n’y a donc aucune raison de déconsidérer l’arbalète. Un chasseur sérieux, bien équipé, bien entraîné et qui ne tire qu’à bon escient peut faire une belle chasse à l’arbalète alors qu’un chasseur peu sérieux pourra faire un travail de gougnafier avec un longbow en bois d’arbre et des pointes en caillou. Nous ne développerons pas plus cette approche du sujet tant nous  l’avons déjà  fait pour expliquer pourquoi la FFCA rassemble tant les archers « tradi » que les archers « modernes »…1


L’arbalète,  arme de braconnier…

Argument  souvent  entendu  pour  l’arc  avant 1995  : « Si vous voulez chasser à  l’arc, c’est pour braconner  ! »  Ben  non,  les  chasseurs  à  l’arc  ne sont  pas  plus  braconniers  dans  l’âme  que  les autres  chasseurs  ;  il  faudrait  même  une  bonne dose  d’imbécillité  pour  braconner  à  l’arc  : manque d’efficacité (énergie dépensée et temps passé sur le terrain en regard du gibier abattu) et, paradoxalement,  risque de  laisser des  traces de ses méfaits plus important qu’avec une arme à feu (le gibier ne reste pas sur place, il faut souvent le rechercher minutieusement).
En ce qui concerne la chasse de nuit, si, équipée d’une bonne  lunette,  l’arbalète permet  effectivement de  tirer dans  la pénombre  comme avec une carabine, ça ne veut pas dire que ceux qui en possèdent une soient tous des contrevenants en puissance.
Les arcs peuvent aussi être facilement équipés d’un  système de  lampe  rouge et de contacteur sur  la poignée qui permet de bien  tirer  la  nuit (c’est autorisé dans certains pays) et ça n’implique pas que les archers braconnent en  France.

Pour la FFCA, l’arbalète n’est pas un souci...

Une position historique, claire mais non immuable

Tout cela pour dire que la réponse que nous apportons  à  ceux qui nous  interrogent  au  sujet de  l’arbalète est toujours  la même, presque une lapalissade  : la FFCA ne s’occupe pas de l’arbalète parce qu’elle est une association d’archers et non d’arbalétriers.
Nous  complétons  en  général  la  réponse  en expliquant que la FFCA à vocation à promouvoir la chasse à  l’arc, pas celle d’interdire  telle autre arme ou tel autre mode de chasse. C’est la position historique de la FFCA  ; cela ne veut pas dire qu’elle soit immuable.

Autoriser l’arbalète  : encore une question de formation et d’éducation...

En  tout état de cause,  l’arbalète est  interdite pour chasser et ce n’est pas l’arrêté ministériel relatif à  la chasse à  l’arc qui  interdit  l’utilisation de l’arbalète pour chasser  : c’est l’article premier de l’arrêté du 1er août 1986 « Sont  interdits pour  la chasse de tout gibier et pour la destruction des animaux nuisibles  :
– [...]
– l’emploi pour la chasse à tir d’autres armes ou instruments de propulsion que les armes à feu ou les arcs. »
L’autorisation  de  l’utilisation  de  l’arbalète pour  chasser  nécessiterait  sans  aucun doute  un véritable  programme  d’actions  :  études  pour démontrer  son  efficacité, démarches  auprès de l’administration et programme d’éducation et de formation à la clef. Ce dernier point est essentiel car si  l’arbalète est efficace à  la chasse, son utilisation requiert probablement, comme pour l’arc, de sérieuses connaissances qui nécessitent au départ une formation très complète. En tout état de cause, toute autorisation de l’arbalète peut avoir des impacts sur notre propre réglementation, et sur notre pouvoir de représentation auprès des instances  réglementaires.  C’est  la  raison  pour laquelle  la  FFCA  s’intéresse  quand  même  à  la question de l’arbalète, à la fois pour préserver les intérêts bien établis des archers et ceux naissants des arbalétriers.

la Rédaction

LA NOTION DE REGLEMENTATION DE L'EFFORT A L'ARMEMENT , UNE QUESTION DEPASSEE ?
Cette étude sur l’arbalète nous fait remarquer que, de nos jours, on peut douter de la pertinence de notre réglementation qui n’autorise que les arcs dont l’armement et le maintien en position armée ne sont dus qu’à la seule force de l’archer.
Certains arcs modernes, qui offrent déjà 80% voire plus de réduction d’effort lors de la visée, peuvent être maintenus en position armée par le seul fait de poser la came du bas sur la jambe :
cette astuce, non  intrinsèque à  l’arme, offre un 100% de réduction que d’aucuns savent utiliser avantageusement à la chasse... ça montre les limites de l’efficacité voire de l’intérêt d’une réglementation technique trop précise.